Edito et sommaire | Guides et tableaux | La vigne et son environnement | Vin, culture et société | Au RDV des professionnels | Au RDV des consommateurs | A la cave | Entre poison et guérison | Autour du flacon | En dégustant  | A table | La Romandie viticole | Hors de chez nous |









Liste des derniers articles parus....

Gérald et Patricia Besse: le Valais à pic!



«Imaginez la variété, la grandeur, la beauté de mille étonnants spectacles ; le plaisir de ne voir autour de soi que des objets tout nouveaux, des oiseaux étranges, des plantes bizarres et inconnues, d’observer en quelque sorte une autre nature, et de se trouver dans un nouveau mond » : en 1771, dans La Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau s’émerveillait des paysages valaisans. Près de deux siècles et demi plus tard, c’est pour les vins d’un domaine du Valais que les dégustateurs du Rouge& Le Blanc se sont enthousiasmés. Un coup de coeur1 en 2006, d’autres découvertes en 2010 : il était légitime de pénétrer plus avant dans la gamme des vins – et dans la démarche – de Gérald et Patricia Besse.
Quelle que soit la saison, c’est toujours une fascination de contempler le vignoble valaisan étagé en terrasses le long du Rhône, alimenté à Martigny par la Dranse. Les étés y sont très chauds, favorisant une faune et une végétation méditerranéennes. Les températures restent douces au cours de l’automne. Le vent du sud, le foehn, réchauffe l’atmosphère, atténuant les risques de gelée et accélérant la maturité des baies.

Un domaine familial reconstitué
C’est Clément Besse qui a transmis à son petit-fils Gérald sa passion de la vigne. En 1932, il avait acquis des vignes pour créer quelques années plus tard sa cave et y commercialiser ses premiers vins. En 1979, Gérald achète, à Martigny-Combe au lieu-dit Champortay, quelques parcelles de vignes et, avec Patricia, il plante au pal ses premiers barbues. «J’avais rêvé de faire l’École d’ingénieurs  de Changins. La vie en a décidé autrement. Je suis un vigneron autodidacte», explique-t-il. 1984 sera la première récolte. Depuis, il s’est employé à reconstituer patiemment, tablar après tablar, le vignoble du grand-père, dispersé à sa mort entre ses six enfants. «Cela fait plus de 30 ans que j’achète, que je fais des échanges, pour avoir des parcelles plus importantes», précise-t-il. Avec 18 ha, dont 10 en propriété, le domaine est aujourd’hui l’une des plus grandes exploitations de Suisse dans les murs.

Les murs, toujours les murs
«En Valais, le paysage du vignoble en terrasses représente 1 511 ha, soit une longueur de 3 000 km en pierres sèches», explique la géographe Sylvie Arletta- Joris, qui ajoute: «Après la Seconde Guerre mondiale, les murs maçonnés et les murs en béton, dont la construction est bien plus rapide et moins onéreuse, ont peu à peu remplacé les murs en pierres sèches». Gérald Besse fait partie de ceux qui accordent une importance capitale à la réfection des murs: «Quand j’ai démarré, ce qui m’a attiré, c’était de produire quelque chose de bien et de bon. Par la suite, s’y est ajouté le côté esthétique, les paysages». Treize personnes sont employées à l’année. L’hiver est consacré aux travaux des murs, pour lesquels les ouvriers ont été formés. Des chemins d’accès ont ainsi vu le jour pour faciliter le travail, des rampes d’accès ont été créées pour le passage des chenillettes. Plus de 1 000 marches ont été construites le long des monorails. En 2009, 100 tonnes de pierres de schiste bleu en provenance de la carrière de Vollèges ont été acheminées par hélicoptère.
Tout cela a bien sûr un coût. C’est un énorme investissement en temps. Les 6 ha de vignes en gobelet (12 000 pieds/ha) qui demandent 1 500 heures de travail par an et par hectare sont progressivement remplacés par des vignes sur fil (9 000 pieds/ha) dont l’entretien permet une économie d’un tiers.

Des vignes impeccablement entretenues
Les parchets sont situés à Martigny et à Martigny-Combe, avec une exposition sud/sud-est, à l’exception de 2 ha de gamay, d’exposition plein sud sur les sols sableux et limoneux de la commune de Bovernier, sur la rive droite de la Dranse. Les sols ont fait l’objet d’une analyse en 1997 et révèlent des terroirs différents. Si Gérald est fier de ses vignes, il a toutefois une prédilection pour le domaine Saint-Théodule, acheté en 1993, et ses quatre grands tablars dont les terrasses supérieures sont, grâce à Patricia, plantées de cornalin. Sous la houlette de Vincent Chappuis, chef de culture depuis quatorze ans, les vignes sont choyées. «Tu ne peux pas faire de bons vins si tu ne t’occupes pas de ta vigne!», martèle Gérald Besse à qui veut l’entendre. Depuis qu’il est vigneron, il applique les techniques de «production intégrée» et fait donc tout naturellement partie de l’association Vitival, qui est membre de la fédération Vitiswiss et regroupe les vignerons valaisans adeptes de ces méthodes viti-vinicoles. Les vendanges en vert, appelées “dégrappages” en Valais, sont également pratiquées. «Quand j’ai commencé, on se moquait de moi; c’est important, notamment pour les gamays, car même avec une taille très courte, ce cépage a une tendance naturelle à se montrer généreux», indique-t-il. À l’automne, les sols sont travaillés à la chenillette. Entre les tablars, les talus enherbés (hysope, thym, achillée millefeuille, serpolet et orpin, sans oublier la flore locale) sont fauchés au printemps. Seules les vignes en gobelet sont désherbées chimiquement pour limiter la concurrence hydro-azotée ainsi que les coûts d’exploitation. Les vignes, dont 50 % sont issues de sélections massales, sont majoritairement greffées sur porte-greffe 3309, avec quelques essais satisfaisants sur SO4 et 5BB. En Valais, selon les années et les périodes, l’arrosage est autorisé. À Martigny, les bisses n’étant plus opérationnels, l’arrosage s’effectue avec l’eau des bassins communaux ou, pour le domaine Saint-Théodule, avec celle de la Dranse.

Vendanges et vinifications
Les vendanges nécessitent deux équipes d’une quinzaine de personnes. Dès le matin, Gérald Besse est à pied d’oeuvre. Un jour de vendanges d’octobre 2011, j’ai pu observer son sens de  l’organisation. Surveillant méticuleusement les opérations, il n’en cueille pas moins une grappe oubliée, enlève un raisin abîmé d’une caissette tout en donnant ses directives. Compte tenu des déclivités et des terrasses, le transport des raisins est parfois réalisé par téléphérique ou par monorails. Les porteurs acheminent leur fardeau de 2 caissettes de 17 kg jusqu’à la chenillette qui, lourde de 16 caissettes, charge le chariot agricole qui conduit la vendange au chai.
L’après-midi, Patricia – délaissant temporairement les tâches comptables et commerciales – et Gérald goûtent les raisins des autres parcelles pour décider, en fonction des maturités, du programme de cueillette du lendemain. Gérald passe la fin de la journée au chai, secondé par Michel Arlettaz, ancien de l’École de Changins et chef de cave du domaine depuis 15 ans. Gérald progresse lentement. «Il faut toujours avancer, faire des améliorations tant à la vigne qu’en cave, mais il faut toujours faire attention à ce que ce soit viable pour le personnel!», explique-t-il. Pour l’élevage, les vins de la gamme Les Serpentines sont confiés à des barriques des tonnelleries Seguin-Moreau et Taransaud. Serpentines: du nom de la pierre d’Évolène qu’on retrouve dans le décor sculpté par André Raboud, un ami de la famille, dans le chai construit en 2001.

Le terroir comme fil conducteur
Il est difficile, pour un vigneron qui cultive 14 cépages différents et vinifie chaque année quelque 25 vins, de choisir une gamme représentative. Qui plus est, lorsqu’il souhaite procéder à une ou deux «petites verticales». Gérald Besse aurait pu tout aussi bien faire déguster ses petites arvines flétries et quelques cornalins sur plusieurs millésimes. Le Valais, avec son climat presque méditerranéen, rappelons-le, est, plus que d’autres régions viticoles, extrêmement sensible aux caractéristiques des millésimes. Même si les vins de 2009 (millésime très chaleureux) conservent une fraîcheur bienvenue, ils semblent un ton en dessous de ceux du millésime 2008. Ces derniers recueillent en effet, dans notre dégustation, des commentaires élogieux où pointent les occurrences d’équilibre, de dynamisme, de tension et de salinité. Cette salinité court dans la plupart des vins dégustés, notamment les petites arvines et surtoutsur les millésimes récents. On remarque également une vraie évolution qualitative, particulièrement sensible dans les vins de la dernière décennie. Cette impression est d’ailleurs confirmée en dégustant les syrahs des millésimes 2005 et 2008. À noter que les vins de 2010 possèdent des caractéristiques semblables à 2008. Goûtés sur place, ils sont frais, gourmands et salivants, sans aucune lourdeur. Ce qui transparaît également dans les vins du domaine Besse, c’est la maturité des raisins. On sent une maîtrise des dates de vendanges.
Enfin, certains cépages essentiellement autochtones – païen, cornalin, petite arvine – apportent des senteurs et des saveurs originales auxquelles nos palais hexagonaux sont peu habitués. Quoi qu’il en soit, indépendamment d’une petite réserve émise par l’un ou l’autre des dégustateurs à propos de la protection (SO2) de certains flacons, les vins de Patricia et Gérald Besse, outre un caractère et une personnalité, révèlent un terroir.

Des projets plein la tête
«J’ai toujours deux ans d’avance dans ma tête. J’ai constamment le cerveau en ébullition», explique Gérald Besse. «Gérald est en perpétuelle réflexion», renchérit Patricia, dont le soutien discret mais efficace a contribué, entre autres, au développement du domaine. Il est vrai que les projets foisonnent. C’est peut-être l’achat prochain de cuves tronconiques pour élaborer une grande syrah de garde. C’est l’envie de planter un des cépages absents au domaine, l’humagne rouge. C’est enfin un questionnement par rapport à la biodynamie, questionnement sans doute suscité par la santé des vignes de Marie-Thérèse Chappaz (cf. R&B n° 84), cette grande vigneronne qui a adoubé la famille Besse depuis bien longtemps. «La biodynamie, j’y réfléchis, et le domaine Saint-Théodule, serait sans doute le lieu idéal pour commencer», explique Gérald Besse, «mais, je vais laisser arriver ma fille Sarah, qui achève ses études d’ingénieur à l’École de Changins». Le second enfant, Jonathan, ingénieur en mécanique, achève son périple dans l’hémisphère sud avant de regagner le toit parental et qui sait, peut-être le chai familial…
En attendant, Patricia et Gérald Besse, depuis leurs parchets panoramiques, peuvent contempler avec une fierté bien légitime le travail accompli depuis plus de trois décennies. Ils peuvent aussi en profiter pour «faire la foirinette» ! Ils le méritent amplement!

Cet article est paru dans Le Rouge & Le Blanc N° 102

Par Jean-Marc Gatteron

 

 


[18/03/2012]



  ENVOYER A UN AMI       IMPRIMER
 VOTRE AVIS SUR CET ARTICLE :
faible   moyen   bon   excellent   >>>>
  
Rechercher dans le site
  


Première visite
RomanDuVin.ch
Partenaires et liens
Droits de reproduction
Publicité
Anciens numéros
Dans la presse
Petites annonces
RomanDuVin.TV
Agenda
Plan du site
Concours
Contact

Missive   

Château de Châtagneréaz - Premier Grand Cru







Classement de sites - Inscrivez le vôtre!