By 31 mars 2026 0 Comments Read More →

Feu nourri alémanique contre les vignerons romands

Image Pixabay

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Paresseux, inadaptés, opportunistes, voire protégés par la présence d’un des leurs au Conseil fédéral : une partie de la presse alémanique n’épargne pas les vignerons romands, à l’origine de la consultation lancée par Guy Parmelin visant à lier importations de vin et écoulement de la production indigène.

En proposant de conditionner l’importation de vins étrangers à la vente de vin suisse, le conseiller fédéral répond à une demande de l’interprofession viticole. La mesure a toutefois suscité une opposition immédiate. L’Association suisse du commerce des vins estime ainsi que « rien ne justifie une prestation à la production indigène pour l’importation de contingents » et juge la proposition « contraire à la Constitution et à la loi sur l’agriculture ». Une position rapidement rejointe par l’Association suisse des vignerons indépendants, qui demande non seulement son abandon, mais aussi l’arrêt de la consultation.

Ce clivage interroge : comment une proposition issue de la branche peut-elle être rejetée aussi frontalement par une partie de ses propres acteurs ? On pourrait penser que cette division condamne le projet. Pourtant, la consultation a touché un point sensible. Depuis plusieurs jours, des médias alémaniques se sont saisis du sujet avec vigueur. Peu relayées en Suisse romande, ces prises de position illustrent l’ampleur du fossé entre certains producteurs et une partie de l’opinion alémanique. En voici les principaux éléments.

La dernière mesquinerie du vigneron Parmelin
Dans un billet du 12 mars, le site spécialisé muula.ch estime que la baisse des ventes de vin en Suisse conduit les autorités à vouloir « rendre plus difficile l’importation », avec à la clé des « pénuries et hausses de prix ». L’auteur évoque même l’introduction de « pratiques commerciales déloyales ». Le Département de l’économie est accusé de défendre une logique « Switzerland first » en contradiction avec son discours en faveur du libre-échange. Ce virage s’expliquerait par la baisse de la consommation et les difficultés du secteur, dans un contexte où le « rapport qualité-prix » de certains vins suisses serait insuffisant face à la concurrence. La mesure envisagée — lier les contingents d’importation à des « prestations indigènes » — reviendrait, selon le billet, à instaurer une forme de « taxe à l’importation » et exposerait la Suisse à des critiques internationales.

L’auteur rappelle également l’ampleur des soutiens publics déjà accordés au secteur (promotion, aides structurelles, crédits supplémentaires) et met en garde contre des conséquences pour les consommateurs — « choix réduit » et « prix en hausse » — ainsi que contre une possible « discrimination » des importateurs. En toile de fond, il oppose les intérêts des producteurs à ceux des consommateurs dans un marché en recul.

Du Chasselas plutôt que du Bordeaux ou du Bourgogne
Dans un article publié le 22 mars dans la Neue Zürcher Zeitung, l’économiste Peter A. Fischer analyse ce projet comme un possible « retour en arrière » par rapport à la libéralisation engagée en 2001. La mesure vise à répondre à une situation jugée « dramatique » par certains représentants de la viticulture romande, confrontés à la baisse de la consommation et à des difficultés de rentabilité. Elle consisterait à conditionner les importations à des « prestations indigènes », favorisant ainsi les producteurs suisses. L’auteur souligne toutefois que ce dispositif pourrait « restreindre fortement la concurrence » et engendrer « davantage de bureaucratie et de coûts », sans garantie d’améliorer les ventes. Des acteurs du commerce redoutent même une remise en cause de leur modèle économique.

L’analyse replace ces tensions dans un contexte plus large de recul structurel de la consommation de vin en Suisse et en Europe. Elle met en avant les effets positifs de la libéralisation, qui a favorisé un « changement structurel » vers des productions plus qualitatives. Selon cette lecture, les difficultés actuelles relèvent avant tout d’une adaptation nécessaire de l’offre, d’une consolidation du secteur et d’un renforcement des exportations. À l’inverse, un système d’importations conditionnées risquerait de « fausser les incitations » et de freiner cette évolution.

Capture d'écran du blog Viktor's Weinblog

Capture d’écran du blog Viktor’s Weinblog

Une idée à pleurer
Dans un billet publié le 26 mars et intitulé « Par malheur : le Conseiller fédéral vigneron Parmelin prépare un scandale viticole d’un nouveau genre », Victor Ledermann — désigné « influenceur viticole de l’année 2023 » par VINUM — critique vivement le projet. Il estime que la présence d’un « vigneron au Conseil fédéral » favorise des intérêts particuliers au détriment du marché et des consommateurs.

Il qualifie la réforme de « scandale » et d’« idée à pleurer », jugeant qu’elle remet en cause plus de vingt ans de libéralisation. Sa critique vise également les milieux viticoles romands, décrits comme adoptant une posture défensive et dépendante de l’État. Selon lui, ces acteurs chercheraient davantage à se protéger de la concurrence qu’à renforcer leur compétitivité. En filigrane, le billet oppose deux visions : celle d’un marché ouvert fondé sur la qualité et la concurrence, et celle d’un secteur soutenu par des mécanismes réglementaires. Une lecture qui illustre la polarisation croissante du débat autour de la politique viticole fédérale et de la concertation menée par Guy Parmelin.

Alexandre Truffer

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