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Il n’y a de laguiole que de Laguiole



Certains diront: un couteau, c’est un couteau, et rien d’autre. Ici, à Laguiole (prononcer Layole), un couteau, ça n’est pas un couteau, c’est un laguiole, fait pour durer. "Fait pour durer" pourrait être sa devise. Dans l’esprit des gens, un laguiole est une marque réputée et originale de coutellerie et autres tire-bouchons fabriqués de manière artisanale. Malheureusement, le nom d’une localité ne pouvant être protégé, cet artisanat inventé à Laguiole est rapidement devenu une production industrielle, copiée et développée un peu partout, mais surtout dans le bassin de Thiers, déjà renommé pour la fabrication et la distribution quasi exclusive des vrilles de tire-bouchon.

Examinez votre "vrai faux-laguiole", vous constaterez qu’il ne possède de Laguiole que le nom. Pourtant tous les modèles sont décorés du symbole de la mouche ou abeille à une extrémité. À l'instar du Chablis, le laguiole est devenu une marque usurpée. Il se consomme davantage de Chablis aux USA, sous forme de vin blanc ouvert (jug wine) qu’il n’en est produit à Chablis. Tout ce vin de comptoir est produit sur place et ne contient même pas de chardonnay, cépage unique à Chablis. On raconte même que deux amis texans qui se rencontrent vont boire un verre au café du coin. En commandant leur Chablis, l’un d’eux s’exclame: "Sais-tu ce que je viens d’apprendre...? Du Chablis, ils en font aussi en France" !.

C’est donc bien à Laguiole, village de 1300 habitants, aux confins de l’Aveyron et du Cantal qu’est né aux environs de 1829 le célèbre petit couteau de poche. Tout commence avec la transformation du "capouchadou", un petit poignard local, en un couteau pliant créé par l’artisan coutelier Pierre-Jean Calmels. Élégant, simple mais utile, il devient rapidement l’instrument indispensable, à avoir toujours avec soi et il s’enrichira au gré des nécessités et des exodes. À titre d’exemple, les paysans de cette région où l’élevage bovin est très développé ont besoin d’un poinçon (trocart) pour sauver les bêtes météorisées (gonflées par la jeune herbe de printemps) à la suite d’un accident digestif. Les artisans couteliers en ajoutent un.

Vers la fin du 19ème siècle les aveyronnais partent à Paris chercher du travail. Très rapidement ils évoluent de la distribution du charbon à la conquête des bistrots. Le laguiole s’enrichit dès lors d’un tire-bouchon. L’intérêt du laguiole ne cesse de croître et les modèles de se diversifier en accessoires et les manches en os, en corne ou en ivoire pour les plus prestigieux. Mais bientôt à Laguiole, sur le plateau de l’Aubrac, la production du petit couteau est mise à mal par les industriels du bassin de Thiers. Le véritable laguiole vivote sans passion.

Au milieu des années 80, une nouvelle génération de couteliers reprend en main le laguiole et en 1987, Forge de Laguiole est créée pour faire revivre le laguiole de Laguiole sur sa terre natale. Le designer Philippe Stark conçoit un bâtiment "signal", symbole de ce renouveau, alliant tradition et modernité. Aujourd’hui, Forge de Laguiole décline une gamme très variée de couteaux traditionnels qui respecte les critères d’origine et de qualité définis par la marque collective LAGUIOLE ORIGINE GARANTIE. Seules quelques entreprises respectant le cahier des charges sont autorisées à utiliser cette marque.

La réalisation d’un laguiole "origine garantie", c’est la synthèse de quatre métiers successifs:

  • la forge et la découpe des pièces métalliques
  • le travail et la préparation des manches
  • le montage
  • le polissage et l’affûtage.

Précisons encore que Forge de Laguiole orne ses manches de la "croix du berger", en rappel d’une tradition sur les alpages: le berger toujours éloigné des lieux de culte, plantait son couteau dans le sol et priait devant la croix de son laguiole. Aujourd’hui encore, de nombreux indigènes sortent de leur poche le laguiole au moment de passer à table. Même au restaurant, son propre laguiole est mieux considéré qu’un couteau de table à la lame généralement déficiente. Il est vrai qu’un laguiole à la lame au fil tranchant apporte une valeur ajoutée à la qualité d’un mets à découper.

La visite de l’étonnante Forge de Laguiole est captivante et la conception du bâtiment résolument surprenante. Les ateliers pour une centaine de spécialistes se succèdent au rythme des travaux successifs en reprenant avec un savoir-faire qui impressionne, inlassablement les gestes d’antan mais avec l’outillage d’aujourd’hui. Le très vaste assortiment de produits finis, dans une nombreuse variété de finitions et sortes de manches, en corne, en os, en bois nobles, en stamina, en ivoire, en métaux précieux et autres matériaux nobles avec ou sans marqueterie, convainc l’amateur.  À Forge de Laguiole, continuité ou modernité, le Laguiole de Laguiole n'en finit pas d'inspirer les talents. Philippe Starck, Yan Pennor's, Eric Raffy, Sonia Rykiel, Hermès, Courrèges, Jean-Michel Wilmotte... interprètent le Laguiole.

Une autre création française  a été élaborée par Guy Vialis, à Thiers, qui a mis au point une série de tire-bouchons prestiges dédiés aux Meilleurs Sommeliers du Monde. Elle s'intitule «Château Laguiole». Chaque fois d'une conception exclusive, lorsqu'il s'agit de récompenser ce titre envié, au sommet de la hiérarchie mondiale; le nom du titulaire est gravé sur le levier.

 © Philippe Margot
Auteur de «Le VIN de la Bouteille au Verre»


[27/10/2006]



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