| Organisation sociale de la Sainte Russie |
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D’un point de vue théorique, la société russe se divise en deux. Il y a d’un côté le Tsar, ce protecteur, incarnation terrestre du Très Haut, qui veille avec affection et justice sur ses enfants. De l’autre se trouvent tous ses sujets, quel que soit leur statut social. Même les grands seigneurs, membres des plus anciennes familles nobles, se sentaient de «très fidèles esclaves», comme le confirme la formule protocolaire du petit père impérial. Comme on peut le constater, cette vision des choses diffère considérablement des royautés occidentales où le monarque n’est, à quelques exceptions près, qu’un primus enter pares. L’idéalisation du prince joue un rôle non négligeable dans l’Empire russe. En étudiant les différentes périodes de troubles qui jalonnent son histoire, on se rend compte que les seuls soulèvements qui ont vraiment eu des conséquences étaient ceux menés par un «faux tsar» soit, un imposteur se prétendant héritier légitime. Malgré cette bipartition théocratique, il est possible de déterminer plusieurs strates sociales dans la société russe du moment, ces dernières formant toutefois un schéma différent de celui que l’on connaît en Occident. Au début du XIXème siècle, la noblesse compte environ 500'000 familles et se définit par le pouvoir qu’ont ses membres de posséder des serfs. Elle ne compose cependant pas une caste homogène. L’appartenance à ce groupe récompense un service rendu à l’Etat. Au début du XVIIIème, Pierre le Grand a institué une «table des rangs» similaire au système moderne des classes de salaires. A chaque fonction de cadre dans l’administration ou dans l’armée correspondait l’un des quatorze rangs. Les grades obtenus conféraient la noblesse personnelle (non transmissible aux enfants) voire, pour les plus élevés, la noblesse héréditaire. Cette hiérarchie offrait donc une possibilité d’ascension sociale. Entre les paysans et les nobles prospérait un tiers-état composé de marchands et d’artisans. Son rôle s’avère mal connu, car les historiens marxistes ont nié son existence comme son dynamisme pour des raisons idéologiques. Peu nombreux, ses membres vivaient exclusivement dans les capitales, Moscou et Saint-Pétersbourg. Malgré sa faible importance comptable, cette minorité a eu une incidence réelle aussi bien d’un point de vue économique que culturel et politique. De son sein sont sortis nombre de mécènes, d’artistes et de lettrés qui donneront naissance à l'intelligentsia russe. La paysannerie forme la très grande partie de la population russe, plus des neuf dixièmes. Au début du XIXème siècle, cette classe rurale comptait deux catégories de grandeur à peu près similaire: les serfs et les paysans d’Etat. Les premiers travaillent sur les terres de propriétaires nobles, les seconds exploitent les domaines appartenant à la couronne. Durant la période qui nous intéresse, les deux groupes atteignent une taille presque identique. La persistance d’une civilisation basée sur l’esclavage à une époque aussi moderne peut surprendre. Alors que la situation des travailleurs de la terre n’a jamais été pire, la culture russe fleurit et fait éclore son plus fameux représentant, Alexandre Pouchkine (1799-1837). Ce symbole de la nation illustre parfaitement le dilemme du pays déchiré en deux. Le poète plaide dans plusieurs poèmes pour un affranchissement général, mais ne peut se résoudre à rendre leur liberté aux 2000 «âmes» qu’il possède personnellement. Le servage évolue de manière complètement différente en Europe et en Russie. Alors qu’à l’Ouest l’économie du Moyen-Âge s’articule autour de l’attachement à la glèbe, les paysans russes demeurent relativement libres jusqu’au XVème siècle. A l’inverse de ce que nous connaissons dans les pays occidentaux qui s’affranchissent petit à petit de l’esclavage, leur sort va dès lors empirer. Leurs libertés coutumières se restreignent au fur et à mesure. Elles finissent par être totalement mises en pièces par les «despotes éclairés», Pierre Ier et Catherine la Grande qui, au Siècle des Lumières, généralisent le servage dans les territoires qu’ils contrôlent. La situation pathétique de la majorité de la population conduit à des soulèvements répétés. Elle contribue aussi à créer des groupes de fugitifs plus ou moins tolérés par le pouvoir. Certains se réfugient dans des régions reculées de l’Empire, principalement en Sibérie. D’autres rejoignent l’Ukraine et ses Cosaques. Ces clans semi-nomades se sont constitués à l'origine autour de révoltés organisés militairement auxquels le gouvernement a préféré s’allier plutôt que de les combattre. Hommes libres, groupés autour d’un chef désigné, l’hetman, ils composent l’élite de la cavalerie impériale mais ne sont mobilisés que lorsque la situation l’exige. Dans ce panorama social de la Sainte Russie manque une caste traditionnelle: le clergé. Contrairement aux ecclésiastiques catholiques dont les biens, comme l’influence, étaient considérables sous l’Ancien régime, la hiérarchie orthodoxe ne constitue pas un contre-pouvoir. Depuis Pierre le Grand, le souverain remplace le patriarche à la tête de l’Eglise, dont les terres passent aux mains de la couronne. Les hauts dignitaires religieux deviennent des fonctionnaires comme les autres, tandis que les popes de village ne se distinguent pas réellement des autres moujiks. Sources bibliographiques: |
[31/10/2006]
| Chabag: colonie viticole suisse en Ukraine |
Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2005


