| Alexandre Ier: tsar mystique et lunatique |
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Alexandre Ier a gouverné la Russie de 1801 à 1825. Contrairement à son père Paul Ier, un despote imprévisible, il a acquis une éducation lui permettant d’imaginer un pays dirigé sans autoritarisme, ouvert à la culture et marqué d’humanisme. Sa grand-mère Catherine II, qui voulait en faire un tsar dès sa naissance, lui a donné le goût du libéralisme en le confiant à un précepteur suisse, Frédéric-César de Laharpe. En 1783, l’avocat né à Rolle (VD) s’exile en Russie, las de l’arrogance bernoise et conscient de ne pouvoir faire carrière chez lui. Il devient dès lors pour le jeune slave un professeur atypique, libéral et philosophiquement empreint des Lumières aussi bien françaises, qu’italiennes ou allemandes. Laharpe enseigne des idées progressistes certes, mais incompatibles avec les réalités russes. La politique d’Alexandre Ier va souffrir de ce décalage quand, arrivé au pouvoir, il fera du Vaudois, à l’époque émigré à Paris, un conseiller épistolaire personnel. Il faut relever ici que cette correspondance participera à la reconnaissance de l’indépendance de la Suisse et des nouveaux cantons après 1813. Contre le servage et l’autocratie, le tsar a pensé un temps abolir les barrières. Mais cela aurait engendré trop de difficultés. Il ne s’y résout pas. Néanmoins, une bribe de législation sociale naît avec la «loi concernant les laboureurs libres», ces derniers ayant maintenant le droit de posséder des terres. En outre, pour la première fois en Russie, des sommes importantes sont accordées à l’éducation. Un projet de constitution éclairé est même amorcé par Spéranski, le bras droit d’Alexandre Ier. Cependant, il restera sans suites. D’ailleurs, pas une des innovations du règne du «Grec du Bas-Empire» -comme aimait à l’appeler Napoléon- n’aura de grandes répercussions sur l’avenir du pays. La politique extérieure de l’empereur est également hésitante. De tendance pacifiste de par son instruction, il se fait pourtant l’adversaire de la France, puis son allié en 1807. Ce qui n’empêchera pas Napoléon Bonaparte d’envahir la Russie en juin 1812, aidé notamment de l’Autriche et de la Prusse. Les troupes russes, maîtrisant leur territoire à la perfection, écrasent les Français qui essuient une défaite mémorable: la Bérézina. A partir de cet instant, plus aucune loi n’ira dans le sens d’un progrès quelconque dans le royaume de l’orthodoxie. Alexis Araktchéïev, un rustre militaire, remplace Spéranski. Le prince Alexandre Golytsine, président de la Société Biblique de Russie, responsable des affaires religieuses et de l’éducation, accentue la perte de tout espoir d’évolution. En 1815, lors du congrès de Vienne, «l’ange» Alexandre Ier entame une phase résolument mystique. Il fonde la Sainte-Alliance en septembre de la même année, signée d’abord par la Russie, l’Autriche et la Prusse. A la base, cette union a pour but de rapprocher les souverains chrétiens en garantissant une paix européenne. Les nouveaux arrivés -la Grande Bretagne en novembre 1815, désireuse d’empêcher le retour au trône de Napoléon puis la France en 1818, pour réprimer les révolutions naissantes en Italie et en Espagne- ont un esprit plus calculateur que religieux. La Quintuple Alliance ainsi formée s’éloigne des idéaux du tsar. Alexandre Ier s’éteint à l’âge de 48 ans. A l’image de sa personnalité obscure et tout en contraste, le mystère entourant sa mort reste entier: certains pensent que -le médecin de la cour ne s’étant résigné à signer le certificat de décès- il a fui ses responsabilités pour s’établir en Sibérie, d’autres qu’il s’est suicidé dans un accès de démence. Quoi qu’il en soit, sa disparition a entraîné une crise successorale, exploitée par les Décembristes. Ceux-ci, officiers de l’armée pour la plupart d’origine aristocratique, désiraient un régime institutionnel, l’abolition du servage et la légitimation des libertés fondamentales. Soutenus entre autres par Pouchkine, ils tentent une insurrection le 26 décembre 1825 au moment où les régiments de la garde doivent prêter serment à Nicolas, le frère d’Alexandre destiné à lui succéder. La mutinerie durera plusieurs heures. Le premier groupe révolutionnaire russe n’arrivera pourtant pas à faire face aux moyens déployés par le gouvernement. De la sorte, Nicolas Ier débute son règne sans la moindre ambiguïté : aucune révolution ne doit affecter la défense de l’ordre établi en Russie et encore moins le principe d’autocratie. L’empereur demeure ainsi tout puissant… Sources bibliographiques: Virginie Jobé |
[31/10/2006]
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