| Les pérégrinations d’un Bourguignon |
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Les latinistes férus de Pinot Noir font remonter son origine à l’époque romaine. Ils justifient leur démarche en citant quelques lignes du célèbre agronome Columelle et de l’historien Pline l’Ancien qui décrivent tous deux un type de vigne appelé Vitis Allobrogica. Cette espèce antique aurait des points communs avec notre Pinot. Le malheur est qu’elle présente des similarités avec beaucoup d’autres espèces de raisins rouges dont la provenance demeure inconnue. En l’état de nos connaissances, cette généalogie reste donc hypothétique. Il faudra attendre de nombreux siècles pour que l’acte de naissance officiel du Pinot soit signé. Un registre du duché de Bourgogne mentionne la présence d’une vigne de «pinot vermeil» en l’an de grâce 1375. Pour la première fois, le nom d’un cépage encore en usage à l’époque actuelle est employé dans un document écrit. Nous savons que plusieurs variétés cohabitaient au Moyen-Âge dans le fief des ducs de Bourgogne. En effet, en 1395, un édit de Philippe le Hardi condamne l’usage du Gamay qu’il qualifie de «très mauvais et très déloyal plant(...) duquel mauvais plant vient très grande abondance de vins (...) de telle nature qu'il est moult nuisible à créature humaine». Il en ordonne l’arrachage au profit du Pinot Noir, devenu le seul rouge autorisé dans la région. Le volontarisme du duc marque un tournant dans l’histoire de la viticulture: on privilégie la qualité à la quantité. Cette attitude va permettre à la Bourgogne d’acquérir au fil des siècles une aura légendaire dont elle bénéficie encore aujourd’hui. En France, le Pinot Noir se heurte à la présence d’autres plants traditionnel. Dans le Bordelais prédomine le Cabernet et le Merlot, le Beaujolais s’entiche du Gamay, la Savoie cultive le Chasselas ainsi que la Mondeuse, quant aux Côtes-du-Rhône, elles se concentrent sur la Syrah, la Grenache et le Mourvèdre. Notre cépage ne s’implante de manière durable que dans la Champagne où il constitue avec le Chardonnay et, dans une moindre mesure, le Pinot Meunier, la matière première du fameux mousseux. Dans le reste du monde, ce raisin délicat peine à se faire une place. Ça n'est que vers les années 1990 que les vignobles du Nouveau Monde se mettent à offrir des vins intéressants issus du Pinot Noir. Quelques exceptions existent en Europe de l’Est où le Nagyburgundi hongrois comme le Burgundac Crni yougoslave jouissent d’une bonne réputation. La Suisse, par contre, possède une tradition bien établie dans la culture du Pinot Noir. Son arrivée dans notre pays remonte au XVème siècle. En 1420, Marie de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi et épouse du duc de Savoie, fuit la peste qui ravage la France. Elle se réfugie à Saint-Prex, alors possession de l’évêché de Lausanne. En remerciement du gîte qui lui a été procuré, la duchesse fait cadeau aux vignerons du prélat de plants de Servagnin, l’une des variétés du Pinot Noir. Le don de la noble dame va se diffuser dans le vignoble vaudois pendant quelques temps avant de rentrer en compétition avec une souche plus septentrionale. Le Servagnin manquera de disparaître pour renaître presque par miracle à la fin du XXème siècle, mais ceci est une autre histoire… L’autre point d’entrée du Pinot Noir en Suisse passe par Neuchâtel, région qui ne fait pas partie de la Confédération Helvétique jusqu’en 1815. Comme la Bourgogne, cette principauté le promeut en lui accordant l’exclusivité sur les terres cantonales. Le village de Cortaillod donnera d’ailleurs son nom à la variété dominante du cépage qui se répandra dans toutes les régions viticoles de la Suisse. Le Valais, dont certaines villes comme Salquenen ou Sierre se veulent les pôles d’excellence du Pinot, est en fait un converti de la dernière heure. Besoin est d’attendre 1848 pour que l’Etat en commande 50'000 plants à l’administration neuchâteloise. A partir de ce moment, le nouveau venu s’allie avec un autre immigré, le Gamay, pour remplacer avec célérité les rouges traditionnels tels que le Cornalin, appelé en ce temps-là Rouge du Pays, ou l’Humagne. Dès lors, toute l’Helvétie viticole, à l’exception du Tessin, sacrifie au culte du cépage bourguignon. |
[12/12/2005]
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Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2005








