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Le marché suisse de la Syrah



Le monde du vin suisse

Le vignoble suisse
L’histoire et les mœurs politiques suisses ont façonné un vignoble aux caractéristiques assez différentes de ses voisins européens. Voici quelques données de bases susceptibles de faire comprendre les grandes lignes de notre viticulture aux non-initiés. (Les chiffres cités proviennent de l’Office fédéral de l’Agriculture et concernent l’année viticole 2006).

-Sur le territoire de la Confédération helvétique, 14'885 hectares de zones agricoles sont réservés à la culture de la vigne. Cette surface, stable depuis une dizaine d’années, abrite 6'365 ha de cépages blancs et 8'520 ha de cépages rouges. Depuis la fin des années 1990, les cépages blancs accusent un lent recul au profit des variétés rouges.
- 80 % de la production se fait dans les régions francophones du pays qui représentent, moins d’un quart du territoire.
-Le plus important canton viticole est le Valais avec 5'137 hectares de vignes, suivi de Vaud (3'851 ha), de Genève (1'288 ha), du Tessin (1'036 ha), de Zürich (619 ha) et de Neuchâtel (596 ha).
-Chaque canton possède sa propre législation viticole et des Appellations d’Origines Contrôlées définies selon son bon vouloir. Ainsi le Valais met en avant le cépage alors que le canton de Vaud reste fidèle aux appellations de villages.
-Les cépages principaux au niveau national sont le Pinot Noir (4'490 ha), le Chasselas (4265 ha), le Gamay (1'620 ha), le Merlot (989 ha), le Müller-Thurgau (511 ha), le Gamaret (332 ha), le Chardonnay (307 ha), le Sylvaner (227 ha), le Pinot Gris (203 ha), le Garanoir (176 ha), la Syrah (173 ha), la Petite Arvine (137 ha), l’Humagne Rouge (114 ha), le Sauvignon Blanc (112 ha), le Pinot blanc (102 ha) et le Cornalin (100 ha). (les cépages blancs sont en italique). A ces ténors s’ajoutent plus de 160 variétés couvrant moins de 100 hectares.
-Entre 2005 et 2006, on a pu observer les variations suivantes. Les baisses les plus marquantes concernent le Chasselas (-140 ha), le Gamay (-35 ha), le Pinot Noir (-17 ha) et le Müller-Thurgau (-15 ha). Les cépages qui progressent sont le Gamaret (+30 ha), le Merlot (+15 ha), le Garanoir (+12 ha), le Cornalin (+10 ha), la Syrah (+8 ha), la Petite Arvine (+8 ha) et le Sauvignon blanc (+7 ha).

La consommation du vin en Suisse
Pour l’année 2006, la consommation totale de vin a atteint 270 millions de litres, ce qui représente une baisse de 6 millions de litres par rapport à l’année précédente. Ce total inclut aussi bien les vins suisses (102 millions de litres) que les vins importés de l’étranger (168 millions de litres). A noter que la baisse constatée touche vins rouges suisses, vins blancs suisses et vins rouges étrangers. Seuls les vins blancs étrangers tirent leur épingle du jeu et ne reculent pas.
Vu la taille de son vignoble, la Suisse n’exporte presque pas de vin. Tout se consomme sur place et seul un demi-pourcent de la production nationale se boit hors de nos frontières.

En ce qui concerne les vins étrangers, les principaux importateurs sont par ordre d’importance l’Italie, la France, l’Espagne et les Etats-Unis.

Importations            2004           2005         2006     Evolution
Italie            238'569 hl     235'343 hl     226'939 hl       -5%
France          248'052 hl     229'103 hl     203'758 hl     -18%
Espagne       112'200 hl     114'550 hl       95'058 hl     -15%
USA              37'837 hl       32'248 hl       27'660 hl     -17%
Australie        31'067 hl       28'958 hl       22'770 hl     -17%
Portugal         14'986 hl       14'695 hl       16'293 hl      +8%
RSA               25’324 hl      21’576 hl       15'919 hl     -38%
Chil                25'315 hl       18'416 hl       15'683 hl     -38%

(Tous les chiffres cités proviennent l’Office fédéral de l’Agriculture)

La consommation de vin par habitant, s’est, après une baisse significative, stabilisée depuis une dizaine année autour des 41 litres par an et par personne, ce qui classe la Suisse au cinquième rang des pays amateurs de vin après le Luxembourg (57,3 l), la France (54,8 l), l’Italie (49,3 l) et le Portugal (47,9 l).
Il n’existe pas de donnée précises sur le chiffre d’affaire que le vin ou le cépage Syrah génère en Suisse mais, selon les estimations, il dépasse les 2 milliards de francs suisses (1,2 milliards d’euros) par année divisés à parts égales entre la production autochtone et les vins importés

Un laboratoire des tendances
Pour rassasier sa population, la Suisse a toujours dû importer des marchandises de l’étranger et le vin ne fait pas exception à la règle. La production indigène, qui atteint aujourd’hui 40% de la consommation globale, est surtout destinée au marché du moyen de gamme. Un haut de gamme qui, depuis plus d’un siècle, a été importé de l’extérieur. La bonne santé économique du pays et l’important industrie touristique de luxe qui perdurent depuis la fin du XIXème siècle ont permis à ce petit état d’apparaître comme un marché très important pour les régions viticoles prestigieuses, surtout françaises. Ainsi, la Suisse a été pendant des dizaines d’années le 4ème marché pour la Bourgogne et le 5ème pour le Champagne. Ces luxueux flacons étaient bus non seulement dans les grandes villes comme Genève et Zürich, mais aussi dans les localités touristiques huppées comme Gstaad, Saint-Moritz, Zermatt, Verbier ou Montreux qui drainent une clientèle aussi fortunée qu’avide de changements. Toutes les nouveautés qui apparaissent dans le monde du vin entrent donc très vite sur le marché suisse.
Jusqu’aux années 1990, les vignerons suisses n’étaient pas tellement préoccupés par la compétition que se livraient les acteurs étrangers, car des barrières douanières leur permettaient d’écouler toute leur vendange. En effet, la Confédération veillait à ce que toute la production nationale soit écoulée avant de donner son accord pour des importations. Ces contingentements viticoles, recalculés chaque année, ont commencé à disparaître alors que la profession se trouvait en pleine crise. Produisant déjà trop de vins de piètre qualité, les viticulteurs suisses ont en plus vu tomber la digue qui les protégeait de la concurrence. La profession a donc dû changer complètement ses manières de travailler. Aujourd’hui, la situation s’est rétablie et le vignoble helvétique peut regarder l’avenir avec optimisme.
Ces quinze années de turbulences ont donné naissance à un nombre important d’expérimentations testées sur le marché helvétique très réactif. Capsule et bouteille de 50cl ont ainsi rapidement montré qu’elles convenaient aux modes de consommation modernes et sont largement entrées dans les mœurs. Toutes les tentatives de mettre du vin en cannette se sont par contre soldées par des échecs. Quant au vin désalcoolisé, il représente un demi-succès: ce type de boisson a trouvé un marché de niche, mais il ne joue pas le rôle de passerelle vers le «vrai» vin comme on pouvait l’imaginer.

Développement de la Syrah en Suisse
Le canton du Valais est le principal producteur indigène de Syrah. Avec 150 hectares sur son territoire, il concentre plus de 90% des surfaces dévolues à cette variété. Genève et le canton de Vaud étant les deux seules autres régions où l’on cultive cette spécialité.
D’un point de vue historique, la Syrah a été amené en Valais en 1926 par le docteur Wuilloud, l’un des premiers enseignants de viticulture et de vinification à l’école cantonale d’agriculture. Ce précurseur a effectué un voyage à Tain l’Hermitage où il a été tellement impressionné par l’expression de ce cépage qu’il a décidé d’en ramener dans sa région natale. Pendant près de cinquante ans, la Syrah est resté une curiosité cultivée par quelques passionnés. Ce n’est qu’au milieu des années 1980, lorsque les consommateurs ont montré de l’intérêt pour des rouges plus puissants que la production courante, que la variété a commencé à prendre son envol dans la région. Aujourd’hui, elle fait partie avec le Cornalin et l’Humagne Rouge, deux cépages dits autochtones, des plants qui ont le plus progressé lors des vingt dernières années.

Consécration de la Syrah helvétique par le Grand Jury Européen
Les Syrah helvétiques, peu connues en dehors de leurs frontières et produites en quantités confidentielles ont connu la gloire à la fin de l’année 2007 grâce au surprenant résultat d’ensemble obtenu lors de la dégustation de 39 Syrah du millésime 2001 par le Grand Jury Européen. Ce groupe d’experts européens, créé selon ses concepteurs pour contrebalancer l’influence des critiques anglo-saxons, a dégusté des vins provenant de France, d’Italie, d’Australie, des Etats-Unis et de Suisse. Ces flacons comptaient pour la majorité d’entre eux au nombre des grandes (en renommée ainsi qu’en prix) étiquettes internationales.
Au niveau suisse, le palmarès est spectaculaire: les quatre premières places ainsi qu’une septième et une neuvième place pour les six concurrents helvétiques. Cet exploit est d’autant plus extraordinaire que ces vins sont vendus pour entre 15 et 25 euros, alors que nombre de leurs compétiteurs dépassent allègrement la centaine d’euros.

1 Syrah de Simon Maye et fils à Saint-Pierre de Clages (Valais)
2 Encre de la Terre de Claudy Clavien à Miège (Valais)
3 Syrah de la Cave des Rois à la Tour-de-Peilz (Vaud)
4 Syrah Quintessence de Benoît Dorsaz à Fully (Valais)
5 Guiraude du Domaine Alain Graillot à Crozes-Hermitage
6 Clos des Grives du Domaine Combier à Crozes-Hermitage
7 Syrah de Pradec de Denis Mercier à Sierre (Valais)
8 Sine Qua Non Midnight Oil (Central Coast California)
9 Syrah Pré des Pierres de Didier Joris à Chamoson (Valais)

Outre cet heureux classement, largement médiatisé au niveau local, la Syrah bénéficie d’une tendance de fond du marché helvétique. Connus autrefois comme buveurs de vins blancs (surtout du Chasselas), les Suisses se sont largement reconvertis au rouge. Depuis cinq ans, les vignerons produisent plus de rouge que de blanc et les clients suivent le mouvement. La consommation de vins d’apéritif a largement diminué pour être remplacée par des vins de gastronomie bus en famille ou avec des amis lors d’occasions spéciales. Dans ce contexte, les variétés qui donnent naissance à des vins puissants et structurés ont fortement progressé. Gamaret, Syrah, Merlot, Cornalin et Garanoir connaissent ainsi un large succès et voient leurs surfaces de culture augmenter avec régularité.

Futur de la Syrah en Suisse
Les syrah suisses: des vins recherchés mais confidentiels
Le palmarès du Grand Jury Européen, mais aussi le récent dossier de la Revue des Vins de France sur les vins suisses, a permis d’augmenter la notoriété des crus helvétiques hauts de gamme. Cette renommée produit ses effets principalement sur la clientèle régionale, car la petite taille du vignoble empêche d’atteindre des volumes suffisants pour toucher des marchés d’exportation. Dans le cas de la Syrah, les productions restent extrêmement confidentielles et les vignerons reconnus réservent ces bouteilles à leurs clients réguliers. Même si le cépage est de plus en plus planté, il restera une spécialité, voire une curiosité, destiné à des amateurs éclairés.

Les syrah étrangers: un âge d’or déjà passé
Comme partout ailleurs, le marché helvétique est traversé par des modes. Dans la seconde moitié des années 1990, on a connu la vogue des vins du Nouveau-Monde. Australie, Argentine, Chili étaient portés au nues. Depuis le début des années 2000, la Syrah a connu un certain engouement, qui une fois l’attrait de la nouveauté passée, est retombé. 2005 et 2006 auront été les années du Pinot Noir, mis en avant par la médiatisation locale autour du Mondial du Pinot Noir qui se déroule à Sierre et surtout par le succès du film Sideways, une ode à cette variété. Depuis 2007, les marchands de vins confirment tous que le Champagne a pris la place de vin «in».

La syrah : un cépage sans unité
Si le consommateur différencie la Syrah suisse des autres Syrah, ce n’est pas par chauvinisme ou par goût, mais principalement par manque d’unité des appellations. Des enquêtes ont montré que seuls 6% des acheteurs font leur choix selon des critères gustatifs. Le 94% restant se fie à l’étiquette, au prix et à la renommée de la marque. Pour le Suisse lambda, rien ne relie donc une Syrah de Sion à une Shiraz australienne ou à une Côte-Rôtie. Ceci explique donc pourquoi le battage médiatique qui a suivi le bon résultat des Syrah suisses cité plus haut n’a eu aucun effet visible sur la vente des Syrah étrangères.

Ce texte a été présenté sous forme de conférence par Alexandre Truffer à l'International Syrah Symposium de Lyon le 14 mai 2008.


[18/05/2008]


Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2005


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