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Lavaux s’offre un aller simple pour la gloire

Les Missions Jésuites d’Amérique du Sud, la Grande Muraille, Samarkand, l’Alhambra de Grenade et le Taj Mahal possèdent un point commun. Toutes ces merveilles sont recensées au Patrimoine Mondial de l’Unesco. L’été prochain, ces prestigieuses icônes de la civilisation humaine seront rejointes par un vignoble vaudois. C’est du moins ce qu’espère chacun des acteurs ayant participé à l’élaboration de la candidature du Lavaux.

Comme le confie Jean-Pierre Dresco, ancien architecte cantonal et coordinateur du projet, échafauder le dossier de participation n’a pas été une mince affaire. Aussi étrange que cela puisse paraître, on ne recense aucune publication donnant une vision globale de la région. De même, certaines sources que l’on croyait facile à consulter n’existaient tout simplement pas. Il a ainsi fallu dessiner la première carte des appellations. Les délimitations de celles-ci étaient bien inscrites dans les législations communales, mais n’avaient jamais été transcrites sur un plan.

Pour remédier à ces lacunes, le document destiné à l’Unesco a été construit sur un modèle encyclopédique. Ce qui signifie qu’un expert différent a étudié chaque aspect particulier. Le choix de spécialistes, souvent venus du milieu académique, assure que les contributions soient de qualité. Il fait également du rapport final, intitulé Lavaux vignoble en terrasse face au lac et aux Alpes, la synthèse la plus aboutie rédigée sur la région.

Outre les difficultés inhérentes à l’élaboration d’un ouvrage pluridisciplinaire, il a fallu compter avec des délais plus courts que prévus. En effet, une inscription au patrimoine mondial représente un parcours du combattant jalonné de sélections. La première s’effectue au niveau national puisque chaque pays est responsable de choisir une liste réduite de postulants. En 2003, ce sont donc quelques 25 sites candidats que Berne a auditionnés. Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus puisque, un an plus tard, la Confédération n’a retenu que cinq projets. Parmi eux, le concept élaboré par une petite équipe d’amoureux du vignoble aux trois soleils.

Seul bémol, Lavaux héritait du douteux honneur d’ouvrir les feux. Le comité d’organisation disposait donc de neuf mois pour terminer une tâche apparemment insurmontable. Mettant les bouchées doubles, les responsables du projet ont pourtant réussi à déposer le dossier de candidature en novembre 2005. Ce document de 250 pages comporte une description du bien à protéger, une justification de la demande d’inscription et un plan de gestion et de protection du site.

Les instances de l’organisation internationale ont déclaré en début d’année que la publication rendue par les Vaudois s’avérait conforme aux impératifs administratifs. Ce satisfecit n’a cependant qu’une valeur très relative. Le chemin à parcourir reste encore long puisqu’en juillet 2006, un panel d’experts viendra visiter le Lavaux afin de constater de visu le caractère exceptionnel du site. Un rapport préliminaire contenant leurs conclusions permettra au comité d’organisation de corriger les éventuels défauts du projet. Une fois les améliorations finales effectuées, le dossier passera son ultime examen devant le jury de l’Unesco. Celui-ci rendra son verdict en juillet 2007.

Si tous s’accordent à louer la qualité du dossier, bien ficelé et très complet, les responsables se gardent de toute euphorie. Comme le souligne Jean-Pierre Dresco, l’étiquette de bon élève ne correspond pas à un certificat de passage. Le principal écueil pourrait venir de la «stratégie globale» de l’organisation onusienne qui tend à favoriser les demandes de pays peu représentés dans sa classification actuelle ou n’ayant pas les moyens de protéger leur patrimoine. Dans cette perspective, le Lavaux, qui doit détenir le record du monde de protections en tous genres, a quelques soucis à se faire.

En attendant la décision de l’Unesco, prenons connaissance des éléments principaux de la candidature. Lavaux s’y présente comme un paysage culturel, c’est-à-dire un ensemble, modelé par de multiples facteurs, dont l’association complexe converge vers une harmonie qui s’affirme au premier regard. La région justifie sa postulation en définissant cinq caractéristiques qui plaident pour le caractère exceptionnel de son vignoble: les panoramas extraordinaires combinant Alpes et lac ; l’aspect cohérent et protégé du site, dû à la monoculture de la vigne et à la délimitation claire du territoire ; les terrasses viticoles résultant de l’adaptation parfaite de l’homme aux conditions naturelles difficiles ; les bourgs historiques protégés qui forment un ensemble avec les terrasses des vignes ; et enfin, la viticulture dont la longue tradition demeure bien vivante et ne montre aucun signe de déclin.

Tout esprit un peu observateur pourra objecter que ces critères s’appliquent pour le cœur de Lavaux mais que, dans sa périphérie, la situation s’avère un peu moins idyllique. Sans compter la ville de Vevey que l’on ne peut guère considérer comme une bourgade protégée. Afin d’intégrer cette réalité, le dossier de candidature définit deux objets distincts. Il délimite une zone centrale de 898 hectares composée aux deux tiers de vignes, qui constitue l’objet inscrit à proprement parler. Le reste de la région forme une zone tampon s’étendant sur plus de 1300 hectares de paysages non viticoles ou urbanisés.

Préservation ne signifie pas fossilisation. Le bien protégé n’a pas pour vocation de devenir un musée en plein air. Le dossier inclut donc un plan de gestion à long terme. Il doit permettre au site de vivre et de se développer tout en empêchant les bouleversements qui pourraient porter atteinte à sa qualité de paysage culturel homogène. L’élaboration de cette politique de développement doux, dépend d’une commission qui regroupe des représentants des onze communes concernées. Cet organisme s’appuie sur quatre groupes de travail affectés aux domaines suivants: aménagement du territoire, économie, tourisme, recherche et culture. Leurs travaux, basés sur une collaboration étroite avec les acteurs locaux, devraient permettre dans un premier temps à Lavaux d’entrer dans le club très fermé des sites distingués par l’Unesco. Par la suite, ils ont pour mission d’assurer la pérennité du plus beau vignoble helvétique, pour que ses vignes en terrasse ne cessent d’émerveiller les générations futures.

Vignobles inscrits à l’Unesco
La liste officielle du Patrimoine mondial de l’Unesco comprend à l’heure actuelle plus de 800 biens culturels ou naturels possédant une valeur universelle exceptionnelle. En leur sein on trouve déjà quelques régions viticoles. Saint-Emilion a ouvert la voie. L’appellation bordelaise bénéficie du prestigieux label depuis 1999. Dans la brèche se sont engouffrés la haute vallée du Douro, qui produit le Porto, la région hongroise de Tokaj, l’île volcanique portugaise de Pico, la province côtière italienne des Cinque Terre et le vignoble autrichien de Wachau. Lavaux n’est pas le seul à vouloir rejoindre ce prestigieux aréopage. Parmi les intéressés, on trouve la Champagne, la Côte-d’Or ou encore le Stellenbosch d’Afrique du Sud.

Avis d’experts:
Bernard Bovy (vigneron et syndic de Chexbres): « Après la multitude d’efforts entrepris pour protéger la région, un classement au Patrimoine mondial représenterait une reconnaissance internationale aussi bienvenue que méritée.»

Sabine Carruzzo (conservatrice de la Confrérie des Vignerons de Vevey): «Si, au vu de la qualité du dossier, on peut être optimiste en ce qui concerne le classement, le principal défi résidera dans la capacité des communes à ne pas dévier du plan de gestion, une condition indispensable pour demeurer inscrit au Patrimoine mondial.»

Harry John (directeur de l’Office du Tourisme de Montreux-Vevey): «Le classement mettrait la région au niveau de Saint-Emilion, du Douro, du Tokaj et des Cinque Terre. Faire partie de cette prestigieuse élite apporterait une indéniable notoriété au vignoble du Lavaux et rejaillirait sur toute la viticulture helvétique.»

Cet article est paru dans le 29ème numéro du Guillon, la revue des vins vaudois. 


[07/06/2007]


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Version parue dans Le Guillon

Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2005


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