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Morges la secrète


Source photographique: PHF productions

Connue pour ses poids lourds emblématiques du vignoble vaudois comme Uvavins, Bolle ou le Domaine Henri Cruchon, Morges abrite aussi des domaines de qualité plus discrets que nous nous proposons de vous faire découvrir dans ce dossier. Portée par le dynamisme de ses vignerons, la région bénéficie aussi de l’aura d’Arvinis, le plus important salon des vins de Suisse romande.

 

Arvinis, comparer les vins du monde pour promouvoir les crus locaux
Du 18 au 23 avril 2012, les halles CFF de Morges accueilleront la dix-septième édition d’Arvinis. Cette manifestation dédiée aux vins du monde attire chaque année près de 20'000 visiteurs ayant la possibilité de déguster près de 2500 vins venus de toute la Planète. Cette diversité a été voulue par ses concepteurs, Nadège et Philippe Fehlmann, qui revendiquent néanmoins leur attachement aux vignobles de proximité. «Nous avons toujours défendu les vins suisses et en particulier les vins vaudois. Notre idée est simple : les consommateurs doivent pouvoir comparer les crus locaux à leurs compétiteurs du monde entier afin de choisir en connaissance de cause. Les vignerons helvétiques qui ont pris le virage de la qualité peuvent prouver que leur production n’a pas à rougir de la comparaison. Ce que nos visiteurs ont d’ailleurs bien compris explique le président d’Arvinis. Nous avons lancé cette manifestation pour défendre les vins locaux, renchérit Nadège Fehlmann. En 1995, en passant dans un magasin nous avons observé un jeune couple acheter une bouteille pour des amis. Après quelques hésitations, ceux-ci sont repartis avec un Bourgogne, car le nom était connu et l’étiquette jolie ! Leur façon de se décider nous a paru absurde et nous étions fâchés de voir qu’ils n’avaient même pas envisagé d’acheter un flacon de la région. C’est ainsi que l’idée du salon a germé. »
A l’époque, Philippe Fehlmann était le président de Morgexpo, un comptoir qui avait lieu tous les deux ans sous cantine. Afin de rentabiliser les frais de montage des tentes, le couple a décidé de réaliser les deux manifestations à la suite. Un gros défi. « Nous n’avions et n’avons toujours aucune subvention. Les fonds étaient venus de nos deniers personnels. Pour  beaucoup, un salon consacré aux vins du monde organisé au cœur de La Côte ne pouvait que tourner à l’échec. La première matinée était dédiée aux professionnels, il n’y a pas eu un chat. Heureusement, lors de l’ouverture au public, les gens se pressaient à l’entrée. Nous avons fait 9000 entrées! », se souvient la directrice du salon. Le scepticisme n’a pas prévalu dans le vignoble, certains producteurs ont vu tout de suite le potentiel de la manifestation. « Les Vins de Morges, alors présidés par Raoul Cruchon, ont tout de suite été enthousiasmés. Beaucoup de Valaisans sont aussi venus, ainsi que les Vins de Genève, notre premier hôte d’honneur helvétique. Il y avait 60 exposants et beaucoup font encore partie des fidèles» déclare Philippe Fehlmann.
Dans ces temps héroïques, les organisateurs ont même pressé une cuvée atypique. « Nous avions fait venir un container de raisins d’Afrique du Sud. Les gens pouvaient acheter une caisse de six kilos, jetaient les baies dans un pressoir et recevaient quelques mois plus tard un carton de six bouteilles. À cette époque, l’embargo sur ce pays n’avait pas été levé, la législation interdisait de mettre un millésime sur les étiquettes avant que la vendange ait eu lieu – dans l’hémisphère sud, la vendange a lieu autour du mois de mars, lors de l’impression de cette revue, le 2012 est déjà en cuve [ndlr] – et certains n’ont pas apprécié que la coopérative locale s’occupe de la vinification de notre cuvée africaine. Il y a eu pas mal de foin, mais la presse a largement médiatisé l’événement », racontent en rigolant les Fehlmann.
Dès la troisième année, Arvinis s’est installé dans les halles CFF de Morges qu’elle n’a plus quittées depuis. Les 9000 visiteurs sont devenus 20'000, mais l’objectif reste toujours le même : offrir un espace de dégustation convivial avec un libre parcours et sans obligation d’achat. « Les visiteurs d’Arvinis ne sont pas des consommateurs de vin au litre. Leur curiosité fait plaisir à voir et étonne de manière systématique nos hôtes d’honneur qui, semble-t-il, n’ont pas l’habitude de répondre à des consommateurs aussi pointus » commente Philippe Fehlmann qui ajoute avoir expulsé tous les arracheurs de cravate. Malgré ce que l’on pourrait penser, cette politique influe de manière positive sur les prises de commandes. Les caves ne donnent pas leur chiffre d’affaire, il n’y a donc pas de statistiques fiables. Néanmoins, des estimations réalisées selon des méthodes empiriques laissent croire que le volume des ventes réalisées par les exposants d’Arvinis avoisine le million et demi de francs par jour.
Et le futur ? Pour 2012, Arvinis - qui a modernisé sa ligne graphique et ajouté Facebook à la liste de ses moyens de communication – a choisi Swiss Wine Promotion Les Vins suisses comme hôte d’honneur. Un organisme qui n’entend pas faire concurrence aux caves déjà présentes mais veut présenter les cépages méconnus du vignoble suisse. Mondeuse, Altesse, Freiburger, Mara, Charmont, Rèze, Completer, Humagne Blanche, Plant Robert voire Durize ou Lafnetscha ne constituent que quelques-unes des spécialités que les visiteurs  pourront découvrir sur le plus grand stand de la manifestation morgienne. Dans un avenir plus lointain, la question des halles CFF, qui seront détruites à terme, se posera. Cependant, Nadège Fehlmann l’assure « Nous déménagerons s’il le faut, mais Arvinis ne mourra pas ! »

Arvinis
Halles CFF de Morges
18 au 23 avril 2012
www.arvinis.com

Le vigneron de Saint-Prex qui voit la vie en rose
David Kind fait partie des vignerons qui se distinguent régulièrement dans les compétitions nationales et internationales. Ce producteur qui assure « ne participer qu’à quatre concours : la Sélection des vins vaudois, le Grand Prix du Vin Suisse, le Mondial du Merlot et le Concours des 7 Ceps » s’est distingué dans chacune de ces confrontations. En 2009, son rosé – un Gamay agrémenté de 10% de Garanoir – a été le meilleur rosé du pays et a confirmé en s’adjugeant la deuxième place de la sélection cantonale. En 2010, son Merlot cartonne avec une victoire à Bourg-en-Bresse et une médaille d’or au Mondial. Une réussite d’autant plus belle que le producteur ne se consacre pas exclusivement à ses 5,6 hectares de vignes. David Kind est aussi agriculteur et arboriculteur.



Si le Domaine de Terre-Neuve est un domaine familial – son arrière-grand-père l’avait acheté à Alexis Forel en 1918 – David Kind n’a rien du vigneron vaudois traditionnel. Il a grandi à Winterthur et roulé sa bosse au Canada avant de revenir vers les coteaux lémaniques. Une fois installé, il modifie l’encépagement en profondeur, remplace les monocultures de Chasselas et de Gamay par des parchets abritant Pinot Gris, Gamaret, Merlot, Garanoir ou Chardonnay. Aujourd’hui, il cultive douze cépages et commercialise onze vins appréciés aussi bien en Suisse alémanique qu’en Romandie. Son dernier-né est un Sauvignon Blanc élevé en barriques de 500 litres. 75% du vin est élevé six mois en barriques neuves avant d’être assemblé avec le solde, élevé, lui, en cuve. Si son Sauterreneuve – un Chardonnay passerillé – a aussi eu son quart d’heure de gloire, David Kind maîtrise parfaitement les fondamentaux. Chasselas et Pinot Noir donnent naissance a des cuvées spéciales commercialisées dans les cinq établissements helvétiques de la chaîne Novotel. Quant au Gamay – 6000 cols d’un rouge élevé en cuve issu de vignes de plus de 35 ans qui produisent naturellement 500 grammes au mètre carré – sa production ne suffit pas à contenter la demande annuelle.

David Kind
Domaine de Terre-Neuve
1162 Saint-Prex
Visite sur rendez-vous (079 216 94 44)
www.terreneuve.ch

Luc Tétaz, le cœur de la Ville
Selon les archives communales, Morges aurait acheté son domaine municipal en 1547. Quatre siècles et demi plus tard, la localité travaille toujours 15 hectares de vignes – dix en propriété et cinq en fermage - dans la région de Marcelin. Les caves se trouvent d’ailleurs en face de l’école d’agriculture propriétaire, elle aussi, de son propre vignoble. Pourtant, en fouillant quelque peu dans le passé, on se rend compte que la pérennisation du domaine communal a exigé des actions décidées. En 1639, un édit interdit « à tout citoyen morgien de ne boire aucun vin étranger sous la menace d'être privé de leur bourgeoisie ou de leur habitation, et l'on entendait par-là, tout vin qui n'était pas du terroir morgien». Plus tard, au début des années 1930, la crise fait des ravages. A cette époque, la ville misait ses moûts puis les vinifiait dans les caves de Couvaloup. Quatre ans de suite, de 1930 à 1933, elle n’eut aucun acquéreur. Cette catastrophe commerciale poussa la ville à engager un chef vigneron, George Bernard, qui mécanisa les vignes et la réception de vendanges.
Luc Tétaz, le chef vigneron actuel, a pris ses fonctions en 1980. « A ce moment, la ville ne mettait en bouteille que ce qui était utilisé pour ses besoins de représentation », explique ce vigneron discret qui reprend la vinification six ans plus tard lorsque la cave déménage à Marcelin. Professionnel passionné et vigneron à la compétence reconnue, Luc Tétaz aime la terre, la vigne et s’agace de la tendance grandiloquente qui marque la communication entourant le vin. Parlez-lui de millésimes exceptionnellement précoces et il vous demandera « si la progression rapide de la pourriture grise n’a vraiment rien à voir avec cette précocité ». De même, l’homme est fier de ses Chasselas, « la base ! », et se désole lorsque des clients qui s’enthousiasment devant les assemblages du domaine refusent de déguster un blanc traditionnel.
Classique, mais ouvert, le chef vigneron a présidé à l’évolution de la gamme du domaine. Un assemblage blanc élevé en barrique, un Servagnin – dès 2012 - et un Gamaret-Garanoir ont ainsi rejoint une gamme qui totalise désormais onze vins. « La vraie coqueluche de la clientèle, c’est le passerillé », sourit Luc Tétaz. Deux fois médaillé à la Sélection des Vins Vaudois, cet assemblage de Doral, Chardonnay et Pinot Gris a bénéficié de l’expérience d’un autre professionnel discret et talentueux, Frédéric Hofstettler, en charge de la vinification.

Domaine de la Ville de Morges
Vins de Terroir
Ch. de la Morgettaz 2
1110 Morges
021 801 60 19
Ouvert me et ve : 16h-18h
Le samedi sur rendez-vous (079 473 47 35)
www.vinsdeterroirmorges.ch


Lucie et Solange Perey, les sœurs du Domaine des Abbesses  
« A Arvinis, on voudrait parfois porter un panneau qui dise : J’ai fait une formation pointue et je suis une professionnelle compétente qui gère un domaine de 5 hectares, quand on voit certains passer sans jeter un coup d’œil à notre stand », explique Lucie Perey du Domaine des Abbesses. Détentrice d’un brevet fédéral de viticulture, elle a repris le Domaine des Abbesses à Echandens de concert avec sa sœur Solange, titulaire d’un diplôme en œnologie. C’était en 2009 et elles avaient respectivement 22 et 24 ans. « A nos débuts, la presse a pas mal parlé de nous, ce qui a aidé à asseoir notre crédibilité », poursuit la vigneronne.
L’histoire du Domaine des Abbesses se perd dans les brumes du passé. Comme son nom le laisse supposer, il semblerait que le domaine ait été autrefois la propriété d’un monastère de femmes. Pour trouver un jalon chronologique indubitable, il faut attendre 1836 lorsque la famille Martin acquiert le domaine. Jusqu’en 2009, les Abbesses étaient gérées par l’actuel propriétaire, Philippe Martin. Celui-ci cherchait un repreneur. Il décide alors de faire confiance aux deux sœurs qui signent un bail de quinze ans.
« Les débuts ont été difficiles, se souvient Lucie. Philippe Martin nous avait transmis son fichier client, mais la moitié de ses contacts n’ont jamais mis les pieds au caveau. » Heureusement, les autres ont franchi le pas et découvert les innovations apportées par le duo : nouvelle ligne graphique, espace d’accueil modernisé, création de cuvées élevées en barriques. Des changements convaincants, étant donné que toute la production se vend en bouteilles et que les rouges – qui comptent pour un tiers de l’encépagement – ne suffisent pas à répondre à la demande.
Prochaine étape pour les sœurs Perey, le rapprochement avec le Domaine de la Balle de Vufflens-le Château, qui appartient à leur père, Michel Perey. Chaque entité gardera son identité et ses produits – à l’exception du Servagnin de Morges qui sera commun – mais l’administration et la commercialisation seront simplifiées. Côté cépages, des vignes viennent d’être replantées pour donner naissance, dans trois ans, à la première Altesse des Abbesses.

Domaine des Abbesses
Solange et Lucie Perey
Les Abbesses 40
1026 Echandens
+ 41 21 701 47 40
Le cave est ouverte le mercredi de 17h à 19h ou sur rendez-vous
www.vins-lesabesses.ch

Bons Plans
Petit Manoir
Magnifique demeure du 18e jouxtant le lac, le Petit Manoir a été récemment rénové. L’ancienne « Villa Berlin » construite en 1764 accueille désormais ses hôtes dans onze chambres de grand standing alliant charme d’antan à la modernité des infrastructures. Offrant une cuisine raffinée et gourmande, le restaurant se concentre sur les mets de saison. Quant au Caveau, le cœur du domaine, il abrite des dégustations conviviales de vins de la région.
Hostellerie Le Petit Manoir
Avenue Paderewski 8
1110 Morges
+41 (0)21 804 12 00
www.lepetitmanoir.ch

Club Nautique
La proximité du lac (difficile de faire mieux) constitue l’un des atouts principaux du Restaurant du Club Nautique de Morges. Cependant, les habitués viennent surtout dans cet établissement discret niché à l’ombre du château pour savourer la cuisine précise et savoureuse de René Müller. A noter la carte de vins suisses, qui offre quelques jolies spécialités à prix raisonnables.
Restaurant du Club Nautique
Place de la Navigation 1
1110 Morges
+41 (0)21 801 51 51
www.restaurant-cnm.ch

BAM La Voie des Sens
La ligne de train Bière-Apples-Morges traverse une région bucolique dotée d’un riche patrimoine artisanal et gastronomique. BAM La Voie des Sens permet de découvrir ces produits du terroir originaux lors de haltes gastronomiques ou d’arrêts découvertes. Plusieurs fois par année, le BAM Saveur, un train rétro du milieu du XXe siècle, propose des escapades gastronomiques thématiques.
Programme complet sur le site www.lavoiedessens.ch

 

Cet article est paru dans Le Guillon, la Revue du Vin Vaudois n° 40 de mars 2012.

Alexandre Truffer
RomanDuVin.ch 2012


[18/06/2013]


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Revue Le Guillon


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