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Une heure avec José Vouillamoz, ampélologue-généticien



© Robert Hofer

Des origines grecques pour l’Humagne Blanche, de la Rèze en Savoie, du Cornalin qu’il faut rebaptiser Rouge du Pays et de l’Humagne Rouge qu’il faut désormais appeler … Cornalin ! Voici quelques-unes des bombes contenues dans « Origine des cépages valaisans et valdôtains » de José Vouillamoz et Giulio Moriondo. Rencontre avec le chercheur valaisan qui fait cohabiter ADN et histoire.

Votre livre met à mal de nombreuses croyances. Les recherches ADN ont-elles tué l’ampélographie?
Non, l’ampélographie reste une discipline fondamentale. De fait, dans la plupart des cas, nos travaux complètent ce que disaient les bons ampélographes. Notre travail permet aussi de trancher entre des hypothèses divergentes. En général, tout se passe très bien. Ce n’est qu’en touchant à des questions identitaires, que l’on rencontre certaines réticences.

Pour le Valais, vous proposez de redonner au Cornalin son nom de Rouge du Pays et d’appeler l’Humagne Rouge Cornalin. Pourquoi?
Nos travaux montrent que l’Humagne Rouge du Valais est le même cépage que le Cornalin du Val d’Aoste d’un point de vue génétique. Quant au Cornalin du Valais, c’est un nom que le chef de l’Office cantonal de la viticulture a « emprunté » aux Valdôtains en 1972 pour rendre le Rouge du Pays – Landroter plus sexy. D’un point de vue scientifique, il convient donc de respecter une nomenclature internationale qui considère l’appellation valaisanne Cornalin comme illégitime.

Et comment est-ce accueilli?
Avant de rédiger ce livre, j’ai présenté plusieurs fois mes conclusions dans des conférences. Certains producteurs valaisans seraient d’ailleurs prêts à enlever l’appellation Cornalin ou, du moins, à faire cohabiter les deux terminologies sur leurs étiquettes. Bien entendu, d’autres professionnels considèrent qu’il faut garder un nom qui a fait ses preuves. Après tout, en dépit de toute logique scientifique, les Valaisans appellent le Pinot Gris Malvoisie, et le Sylvaner Johannisberg, et ce, depuis un ou deux siècles.

Cornalin: une même appellation pour deux cépages différents! Cette confusion peut-elle causer des problèmes?
On pourrait imaginer que des producteurs du Val d’Aoste décident de protéger plus efficacement leur AOC Cornalin et d’interdire aux Valaisans d’utiliser cette appellation. C’est ce que les Hongrois ont fait avec l’utilisation abusive du nom Tokaj pour le Pinot Gris d’Alsace.

L’inverse est-il possible?
Que les Valaisans interdisent aux Italiens l’utilisation du nom Cornalin? On peut l’imaginer! Ils l’ont bien fait avec le Fendant, l’ancien nom du Chasselas dans le canton de Vaud!

Rouge du Pays, ce n’est pas très vendeur?
C’est vrai que l’utilisation de Cornalin a aidé à la commercialisation du cépage à ses débuts. Par contre, plusieurs régions espagnoles utilisent avec succès l’appellation Tinta del País pour le Tempranillo.

Vos thèses provoquent quelques remous dans le Vieux-Pays. Qu’en est-il au Val d’Aoste?
Malheureusement, la viticulture valdôtaine subit une lente dégénérescence. Notre livre passionne quelques amateurs,  mais le grand public, à l’inverse de ce qui se passe en Suisse, ne s’intéresse que peu aux cépages ou aux vins locaux.

Autre révélation de cet ouvrage, la présence de Rèze en France.
Un jour, j’ai reçu du producteur Michel Grisard un échantillon de «Blanc des Evêques» d’une vieille vigne en Maurienne, dans la Savoie. Après analyse et à ma grande surprise, il s’agissait de Rèze, dont on a aussi retrouvé des traces dans le Jura français. Mon hypothèse est que la Rèze, comme le Gouais Blanc, était très largement diffusée dans l’arc alpin au Moyen-Âge. Par la suite, ces variétés ont perdu de leur attrait pour ne subsister que dans leur berceau naturel.

Parmi les divers cépages que vous mentionnez, plusieurs – Diolle, Completer, Goron de Bovernier – ne sont plus cultivés. Vous préconisez de les replanter! Etes-vous suivis?
La commune de Bovernier a décidé de réhabiliter son rouge historique. Pour le Completer, Marie-Thérèse Chappaz envisage d’en cultiver. Nous allons aussi en replanter 400 pieds dans le vignoble de VinEsch. Ce vignoble de 1200 mètres carrés dans la vallée de la Viège constitue une relique de la viticulture valaisanne : cépages plantés en foule, terrasses et murs en pierres sèches. Il abrite déjà plusieurs cépages méconnus comme l’Himbertscha, le Lafnetscha et le Gouais.

D’autres découvertes sont-elle à attendre ou a-t-on fouillé toutes les vignes du canton?
Nous avons testé tout ce qui était disponible. Pour aller plus loin, il faudrait tester toutes les vieilles treilles et les ceps oubliés dans les murs en pierre sèche. Ce serait un magnifique projet de recherche, mais cela demande du temps et des moyens.

En attendant, avez-vous d’autres projets?
J'ai coécrit avec Jancis Robinson et Julia Harding « The Grape ». Ce livre en anglais édité aux éditions Penguin sortira en octobre 2012. Il traite de tous les cépages cultivés sur la planète pour élaborer du vin vendu dans le commerce. En tout, 1375 variétés dont 39 helvétiques.

En bref
Né en 1971, José Vouillamoz est titulaire d’un Doctorat ès Sciences de l’Université de Lausanne. Ce biologiste valaisan s’est intéressé depuis plusieurs années à l’ADN de la vigne. Ses travaux ont porté sur des cépages internationaux – on lui doit la découverte des géniteurs du Sangiovese et de la parenté entre Syrah et Pinot Noir - et sur des spécialités valaisannes dites indigènes. En décembre 2011, il a coécrit avec Giulio Moriondo, un biologiste vigneron au Val d’Aoste, un ouvrage de référence sur les cépages de l’arc alpin.

Origine des cépages valaisans et valdôtains L’ADN rencontre l’histoire José F. Vouillamoz et Giulio Moriondo, Editions du Belvédère, Fleurier

Cet article est paru dans la rubrique Interview du magazine Vinum (mars 2012).

Alexandre Truffer
©RomanDuVin.ch 2012



[16/03/2012]


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