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Quatre siècles d'histoires



Le premier document écrit citant Auvernier date du début du XIème siècle. En 1011, Averniacum, son nom latin, apparaît dans une donation faite par le roi de Bourgogne Philippe III à sa femme Irmengarde. Au cours des siècles suivants, divers parchemins nomment cette localité et attestent qu’elle renfermait déjà des vignes. A la suite d’un litige entre les seigneurs de Colombier et de Neuchâtel, un jugement de 1346 fixe les limites de la commune.

Jusqu’au milieu du XVIème siècle, l’emplacement actuel du château ne supporte aucun édifice. En 1559 se termine la construction de la demeure actuelle entreprise par un haut magistrat local, Blaise Junod. Les témoignages de l’époque confirment que les grandes caves voûtées forment partie de l’ensemble architectural initial. Malgré les rénovations entreprises au cours des siècles, la structure générale des bâtiments n’a pas changé.

En 1595, les héritiers Junod vendent leur possession au sieur de Tribolet, personnage atypique et compagnon d’armes du roi de France Henri IV. Grand guerrier, mais mauvais régisseur, Jean-Jacques de Tribolet cède son bien à Pierre Chambrier qui acquiert le château en 1603 et va le transmettre à ses descendants. Aujourd’hui, dix-sept générations plus tard, le domaine appartient toujours à la même famille. Des filles ayant plusieurs fois hérité de la propriété, le patronyme du propriétaire a évolué au cours des siècles. Après les Chambrier sont venus les Sandoz-Rollin, les de Pourtalès, les de Montmollin et finalement les Grosjean.

Un problème identique réapparaît à chaque génération: comment ne pas diviser le domaine? En France, pendant l’Ancien régime, le droit d’aînesse prévalait. Le premier-né conservait le patrimoine et les autres garçons se voyaient encouragés à aller chercher fortune ailleurs. Quant aux filles, elles demeuraient en général près du berceau familial et contribuaient par leur mariage à agrandir la propriété ou l’influence du clan. Dans nos régions, le droit coutumier reconnaît l'égalité de tous les héritiers et le problème s’avère plus complexe. Comment ne pas léser les bénéficiaires tout en gardant le domaine intact? L’histoire du château d’Auvernier montre que chaque succession représente un nouveau défi et seule la présence de caractères décidés et visionnaires a pu permettre cette transmission familiale sur un laps de temps aussi large.

Le château manque de quitter les mains familiales aux XVIIème siècle. L’intervention d’un homme providentiel, François Chambrier (1663-1730) permet d’éviter la vente. Habile et clairvoyant, il parvient à faire fortune dans l’affaire de la banque Law alors que la plupart des spéculateurs se ruinent dans ce véritable jeudi noir avant la lettre. Décidé à sauver le domaine, il rachète les anciens parchets de vigne et rénove le château.

Son fils Jean incarne l’apogée du Château d’Auvernier. Homme politique important, il devient ambassadeur du roi de Prusse à la cour de Louis XIV. Comme son père, il s’applique à embellir le château et à accumuler les terres viticoles intéressantes. A sa mort, la propriété change de statut et devient pendant plus d’un siècle une résidence secondaire pour une famille dont les membres côtoient penseurs et grands hommes de l’époque moderne. L’encavage et le négoce viticole subsistent, mais les châtelains n’y résident plus.

A la fin du XIXème, Sophie de Pourtalès (1841-1919) héritière du domaine épouse Jean de Montmollin (1835-1930). Ils vont redonner vie à la propriété en l’offrant à leur fille Sarah et son mari, Charles, qui s’y installent et accomplissent plusieurs travaux de modernisation. Toutefois, l’artisan véritable de l’essor du château sera leur fils Aloys. Il s’occupe aussi bien des bâtiments que du vignoble et les adapte tous deux à l’époque contemporaine. C’est pourquoi les étiquettes actuelles lui rendent hommage et indiquent: Château d’Auvernier Thierry Grosjean & Cie Petit-fils d’Aloys de Montmollin.


[07/05/2005]


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Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2005


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