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Le domaine viticole au fil du temps

Bien avant la construction de l’édifice actuel, des vignes entouraient le site. Des chroniques nous rapportent qu'au XIVème siècle, Gérard de Neuchâtel, sire de Vaumarcus, fit don de 1300 pots de vin blanc aux moines de Saint-Grégoire provenant des vignes du clos du Ruz à Auvernier. Ces mêmes seigneurs de Vaumarcus possédaient une vigne à Auvernier dont ils se réservaient l’usage. Ce même parchet existe toujours et borde l’édifice actuel.

Il n’existe pas de documents liés à l’époque de la construction. Nous ignorons aussi bien le nom de l’architecte que les désirs du propriétaire. En 1603, l’acte de vente nous apprend que les biens cédés comprennent, outre le bâtiment, l’équivalent de 7 hectares de vignes et l’Encavage. Ce terme suisse romand apparaît pour la première fois dans un document écrit. Selon le Petit Robert, mal informé puisqu’il donne à cet helvétisme 1636 comme date de naissance, l’encavage se définit par l’action de mettre en cave des aliments. Par extension, il s’applique à l’endroit ou se stockent les provisions y compris le vin.

Lors de cette vente, en 1603, qui va déterminer le destin du château, l’acquéreur et le vendeur scellent aussi un échange de vignes. Les parchets entourant le bâtiment jouent un rôle capital: sur le plan économique, ils assurent, selon les époques, la prospérité ou la survie de la propriété.

Les grandes caves voûtées datent de 1559. Leur profondeur et leurs dimensions indiquent que cette gentilhommière a toujours eu une vocation viticole. Elles servaient à loger foudres, tonneaux ou fûts, ces grands contenants à vin. En plus de quatre siècles, elles ne seront modifiées que deux fois. Tout d’abord, la première correction des eaux du Jura en 1878 fait reculer les berges du lac de Neuchâtel, ce dont profitent Jean et Sophie de Montmollin pour faire agrandir les chais. Un siècle plus tard, Thierry Grosjean, actuel propriétaire des lieux, fait construire un cellier pour y installer des barriques bordelaises (220 litres) destinées à l’élevage «sous bois» d’une partie de ses Pinot Noir, Chardonnay et Pinot Gris.

Les archives du château s’intéressent peu à l’aspect viticole du domaine. Elles se rapportent surtout aux actes de membres de la famille qui s’impliquent fortement dans les politiques locales et internationales de l’époque. Oscillant entre la Prusse et la France, Neuchâtel et sa région, alliées des Suisses, constituent un enjeu diplomatique important. La plupart des renseignements sur le vignoble proviennent des actes de succession qui établissent les parts dévolues aux héritiers. Au cours des générations, les terres initiales se détachent l’une après l’autre. L’intervention du richissime François Chambrier et son œuvre de rachat du patrimoine dispersé permettra la relance du domaine ancestral.

Après son intervention, les écrits conservés montrent que ses descendants ont retenu la leçon. Ils achètent ou échangent des vignes, sans jamais vendre. Au début du XXème siècle, Jean et Sophie de Montmollin possédaient 16 hectares de vignes, occupant 450 ouvriers. Aujourd’hui, le domaine commercialise la production de 60 hectares, parmi lesquelles 16 lui appartiennent en propre. Le restant provient de 24 hectares que le Château cultive et 20 autres dont il achète la récolte à des vignerons.

L’encépagement demeure relativement traditionnel. Le Chasselas et le Pinot Noir forment toujours la majorité du raisin récolté. Aloys de Montmollin a cru en son temps au potentiel d’une nouveauté, l’Oeil de Perdrix, devenu le produit phare du domaine. Son petit-fils y a planté un peu de Gamaret et de Garanoir et y a introduit une viticulture respectueuse de la nature en adoptant les exigences de la production intégrée. Sans doute aucun, ce château pluricentenaire a su prendre le bon chemin pour entrer dans le XXIème siècle.

 


[06/05/2005]


Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2005


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