Derby du vin suisse: les vignerons perdent 16 à 1

Si la politique viticole suisse se décidait à l’applaudimètre, le match serait déjà plié. Score provisoire : 5’536 à 333 (mardi 9 juin 2026 à 6h40). Seize contre un. Ironie de l’histoire, les deux camps prétendent défendre l’avenir du vin suisse.

raisins de la colère livre

Au cœur de la bataille se trouve une proposition du Conseil fédéral qui, sur le papier, paraît presque évidente. Berne souhaite modifier le mode d’attribution des contingents d’importation de vin étranger. Le principe est simple : ceux qui profitent du marché suisse du vin devraient aussi contribuer, d’une manière ou d’une autre, à la survie de la production nationale.Pour les vignerons, cette réforme représente l’une des rares mesures concrètes envisagées depuis le début de la crise. Les ventes de vin suisse s’effondrent, les stocks atteignent des niveaux historiques et l’on arrache désormais des vignes saines pour réduire la production. Dans certaines régions, des familles qui cultivent la vigne depuis plusieurs générations se demandent si elles pourront encore transmettre leur domaine.

Dans ce derby du vin suisse, les vignerons jouent sous le maillot des « Raisins de la colère ». Le nom fait référence au célèbre roman de John Steinbeck, qui racontait déjà le combat de producteurs confrontés à des forces économiques qui les dépassaient. Le mouvement réunit des vignerons, des encaveurs et des citoyens préoccupés par l’avenir du vignoble helvétique. Pour soutenir la proposition fédérale, il a lancé une pétition intitulée « Soutien à notre viticulture suisse ». À ce jour, celle-ci a recueilli un peu plus de 300 signatures.

En face, la mobilisation est d’une tout autre ampleur. Les importateurs et les négociants opposés à la réforme ont rapidement organisé la contre-offensive. Leur pétition, intitulée « Non au nouveau régime douanier absurde pour les importations de vin », dépasse désormais les 5’500 signatures.

Le rapport de force est brutal : près de vingt soutiens pour les opposants à la réforme pour un seul soutien aux partisans du projet. La disparité jette une lumière crue sur le rapport de force. D’un côté, quelques centaines de vignerons dispersés entre le Valais, Vaud, Genève, Neuchâtel, la Suisse alémanique et le Tessin, peu organisés, peu mobilisés et mal structuré. De l’autre, un secteur de l’importation qui touche directement des milliers de consommateurs, de clients, d’amateurs de vin  et de professionnels du commerce. Au-delà des chiffres, ce derby révèle surtout la faiblesse politique du vignoble suisse. Alors que près de 15’000 hectares de vignes façonnent certains des plus beaux paysages du pays, que la viticulture constitue un patrimoine économique, touristique et culturel reconnu, ses défenseurs peinent à mobiliser au-delà de leur cercle immédiat.

Le Conseil fédéral n’a pas encore rendu son verdict et le match n’est pas tout à fait terminé. Mais si ce derby devait se jouer uniquement au nombre de signatures, les vignerons seraient déjà éliminés. Par seize buts à un.

About the Author:

Post a Comment

You must be logged in to post a comment.